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| m e s s a g e - homélie de mgr kurt koch |
Homéline
durant l'Eucharistie en la première Solennité de
Sainte Françoise de Sales Aviat,
à Soyhières, le 10 janvier 2002
par Monseigneur Kurt Koch, évêque
Acquiescer à la Volonté de Dieu
Etre une "demeure de Noël" pour la Parole du Christ
Hosties vivantes dans notre monde
Vocation universelle à la Sainteté
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Les Saints sont les réponses de Dieu aux questions des hommes. Cette vieille sagesse s’applique en particulier à la Sainte dont nous célébrons aujourd’hui la première solennité, après sa canonisation.
En communion avec la Congrégation des Sœurs Oblates de Saint François de Sales et en particulier avec les Communautés de Troyes, de Châtel-St-Denis, de Berne et de Soyhières, je me réjouis de la Réponse que Dieu a confiée à tout le diocèse de Bâle et en particulier au Jura pastoral, par la vie et |
l’œuvre de Sainte Léonie Françoise de Sales. Je me réjouis de pouvoir célébrer cette fête ici, à Soyhières même, où se trouve la Maison natale de la Mère Marie de Sales. C’est bien grâce à l’intervention significative de cette femme de grande valeur que la vie de Léonie a pris la direction que nous connaissons. En 1905, c’est ici même que Sainte Léonie a fondé une des premières Ecoles enfantines du Jura. Et c’est à la Maison Chappuis aussi que s’est tenu, par deux fois, le Chapître Général de la Congrégation des Sœurs Oblates de Saint François de Sales, réélisant comme Supérieure Générale celle qui en était la Fondatrice. Oui, c’est ici une Terre Sainte, - et nous y écoutons la Réponse que Dieu veut donner, aujourd’hui encore, à toutes nos questions, à nos soucis et à nos besoins, à travers la vie de sainte Léonie. Nous pouvons appréhender cette Réponse si nous sommes attentifs au témoignage spirituel de la vie de sainte Léonie. Celle-ci ne témoigne pas seulement de la spiritualité de saint François de Sales, elle est aussi toute transparence pour l’Evangile de Jésus-Christ. De cet Evangile, sainte Léonie est une exégèse bien incarnée, selon une triple dimension: |
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« Seigneur, je suis à vous, faites de moi ce qu’il vous plaira ». Ce témoignage personnel de sainte Léonie nous dévoile le mystère le plus profond de sa vie. Tout son être et toute son action ont été orientés par la recherche et par l’accomplissement de la Volonté de Dieu. Là voilà située sur un fondement tout à fait biblique. Dans sa première lettre aux Thessaloniciens, Paul répond à la question la plus élémentaire de la foi chrétienne, à savoirEtre en quoi consiste la Volonté de Dieu : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » Paul affirme ainsi que la Volonté de Dieu est finalement toute simple, et fondamentalement identique pour tous les êtres humains : la Sainteté. Car la vocation chrétienne à la sainteté ne s’adresse pas à une élite, elle est universelle. La sainteté, ce n’est pas en premier lieu l’extraordinaire, l’inhabituel, mais le tout ordinaire, ce qui est normal pour un baptisé. En effet, à la lumière de la foi chrétienne et de son expression à travers la vie de sainte Léonie, la sainteté, c’est ce qu’il y a de plus normal ! Elle ne consiste point dans quelque action héroïque, inimitable, mais dans la vie toute ordinaire du chrétien qui se laisse transformer par l’Esprit de foi pour ne vivre que pour Dieu, avec Dieu et en Dieu. C’est pourquoi, la Sainteté chrétienne peut se réaliser en d’innombrables personnes et se vivre surtout dans l’apostolat quotidien. Sera saint, celui qui cherche la Volonté de Dieu et qui veut y acquiescer. Ce n’est donc pas nous qui nous sanctifions, mais nous sommes sanctifiés ! Tout comme l’amour vrai suppose d’accepter de « se laisser aimer », ainsi la Sainteté chrétienne est toujours liée à une certaine passivité, à savoir l’acceptation de « se laisser aimer par Dieu » et ceci avec persévérance et confiance, même – ou surtout - dans les situations de souffrance et de Croix : « Je ne refuserai pas à mon Dieu la croix qu’il me présente ». La source la plus profonde de cette promesse de Sainte Léonie se trouve dans la conviction de sa foi : « L’épreuve est toujours suivie de la grâce. Près du Sauveur, notre cœur prend force et courage. » Ce désir profond d’accomplir la Volonté de Dieu, et de Lui sacrifier toutes ses volontés propres : |
voilà la source où sainte Léonie a puisé toute sa force. Ainsi elle a vécu de façon exemplaire ce que Jésus nous demande dans l’Evangile d’aujourd’hui. Prenant un enfant, Il nous le donne en exemple et nous invite même à devenir comme l’un d’eux : « Celui-là donc qui se fera petit cAcomme cet enfant, voilà le plus grand dans le royaume des cieux ».
Notre expérience humaine nous apprend que l’enfant est avant tout celui qui dépend des autres. Seul, il n’est rien et il n’a rien. L’enfant est caractérisé de façon radicale par la pauvreté, l’impuissance et la dépendance. Mais dans cette pauvreté, quelle richesse s’y trouve cachée ! une richesse constituée précisément dans l’invitation faite aux autres de se laisser toucher par la pauvreté. La richesse de la pauvreté de l’enfant ne s’exprime nulle part ailleurs mieux que dans la relation de l’homme avec son Dieu. Car devant Dieu l’homme se reconnaît toujours comme enfant, dépendant entièrement de Lui, ayant tout reçu de Lui, tout, jusqu’à la dernière fibre de son être. De cela, la vie de sainte Léonie est un témoignage parlant. |
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Cette disposition de vivre comme un enfant en présence de Dieu, ne me rappelle pas seulement la petite voie d’enfance spirituelle de Thérèse de Lisieux. Elle m’introduit aussi, et bien plus, dans le profond mystère de Noël. Car si nous
pouvons vraiment vivre en enfant de Dieu, c’est uniquement parce que le Fils de Dieu Lui-même s’est fait Homme. Saint Athanase a déjà exprimé cette dimension sotériologique de l’Incarnation divine: « Si le Fils de Dieu n’avait pas été vrai Dieu, l’homme , uni à une créature, n’aurait pas pu être divinisé. » Ce n’est sûrement pas un hasard que la fête de Sainte Léonie tombe en ce temps de Noël. Sa devise : « M’oublier entièrement » n’est-elle pas marquée du sceau de ce mystère de Noël, mystère de l’Incarnation de Dieu. Tout comme Jésus Christ a pour ainsi dire « oublié » sa condition divine pour descendre dans les profondeurs de notre monde marqué par la mort, dans les ténèbres ou l’humanité attend avec impatience la Lumière d’En-Haut, ainsi sainte Léonie a voulu, elle aussi, s’oublier entièrement pour ne plus vivre que pour les autres, surtout pour les jeunes ouvrières, et pour être ainsi entièrement à la disposition de Dieu. « M’oublier entièrement » - C’est le testament spirituel de Sainte Léonie. C’est en même temps un grand défi pour le monde d’aujourd’hui. Car le mot-clé, le mot-choc des hommes contemporains n’est sûrement pas l’oubli de soi ! Leur mot-choc, électrisant, sera plutôt réalisation de soi, autodétermination. En effet, l’auto-détermination est devenue aujourd’hui la valeur suprême, à tel point que les hommes ne veulent pas seulement déterminer eux-mêmes la manière et le moment de leur propre mort, mais encore ils croient pouvoir |
déterminer eux-mêmes la vie et la mort de l’enfant non encore né. En face de l’évolution prise dans notre monde par cette notion d’autodétermination, le défi de sainte Léonie résonne comme une voix venue d’un autre monde, ou plus exactement, de ce monde dont nous parle aujourd’hui saint Paul et qu’il propose pour orienter notre vie : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là ou se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; c’est en haut qu’est votre but, non sur la terre » (Kol. 3, 1-2). C’est ainsi que nous pouvons percevoir le sens profond de cette parole de vie : « M’oublier entièrement ». Ce ne sera possible qu’à celui qui aura trouvé une autre vie, un monde nouveau ; ce ne sera possible qu’à celui qui habite à l’intérieur du Mystère de Dieu, qui demeure en Dieu. Allant plus loin encore, la vie de sainte Léonie nous montre que l’essentiel est que Dieu habite en nous ! Car « m’oublier entièrement » signifie se vider entièrement de soi-même, afin de permettre la réalisation du vœu de saint Paul que nous avons entendu dans la lecture d’aujourd’hui : « Que la parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse » Tous, nous sommes appelés à devenir nous-mêmes une demeure de la Parole du Christ, crêche vivante que ce temps de Noël évoque. Mais ceci n’est possible que si nous désencombrons notre cœur, si nous nous oublions nous-mêmes entièrement. Alors, nos cœurs jubileront selon le souhait de saint Paul : « Chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit »(Kol 3. 16b). Il y a des vérités qui nous portent et nous soutiennent quand nous nous mettons à les chanter, quand elles nous font chanter ! Et surtout les vérités de notre foi : oui, en chantant, la foi approfondit sa propre vérité – et avant tout la vérité du message de Noël : l’Incarnation de Dieu. Le chant de notre foi nous fait pressentir les raisons les plus profondes de la joie et de la reconnaissance, celles qui ont fait vibrer sainte Léonie et qui l’ont poussée à s’oublier entièrement pour vivre au service des autres. |
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Vivre pour les autres, voilà le sens que donne Sainte Léonie à cet oubli de soi : « Travaillons à faire le bonheur des autres ». Ce conseil tout imprégné de l’esprit de saint François de Sales a pénétré aussi la vie de sainte Léonie. Elle a consacré son cœur à l’évangélisation de la jeunesse ouvrière, et ceci à l’époque ou la révolution industrielle a dominé toute l’Europe. Ainsi sa vie a traduit concrètement le message novateur et « bousculant », comme un signe pour son temps, de l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII : la redécouverte de la dignité du travail humain.
En ce temps-là, la ville de Troyes était devenue un centre important de l’industrie textile. De très nombreuses femmes, des jeunes filles, voire des enfants, y étaient employées et livrées à elles-mêmes. Devant cette misère humaine, le Père Louis Brisson, aumônier des Sœurs Visitandines à Troyes (précisément là où se trouvait la Mère Marie de Sales) , réagit en créant des foyers et des lieux de travail pour ces |
jeunes filles. Afin de confier l’organisation de ces Œuvres ouvrières à des mains expertes, il envisage la fondation de la Congrégation des Sœurs Oblates de Saint François de Sales. En Léonie Aviat il trouve la première pierre de l’édifice. Devenue Mère Françoise de Sales, Léonie fut bientôt élue (le 30 octobre 1868) première Supérieure générale d’une Congrégation qui se répandit bien vite en France et à l’étranger. Vivant de l’esprit contemplatif de l’Ordre de la Visitation, elle s’adonne en même temps à l’apostolat selon la spiritualité du saint Evêque de Genève, François de Sales. Ainsi elle transmet à son temps le vieil idéal bénédictin : Ora et labora. Comme saint Benoît, sainte Léonie voulait servir Dieu et dans la prière et dans l’apostolat d’une vie active : elle voulait se mettre entièrement à sa disposition : « M’appliquer à être le petit instrument de Dieu ». Le nom de la nouvelle Congrégation exprime bien ce fil rouge de l’œuvre de Sainte Léonie : Sœurs Oblates de Saint François de Sales. Ici se vérifie : Nomen est omen ! car Sainte Léonie ne voulait être rien d’autre qu’une Oblate, une offrande, réalisant par sa vie le don de soi à Dieu et au prochain. Nul doute que les racines profondes d’un tel programme de vie se trouvent dans le Mystère de l’Eucharistie. N’est-ce pas dans l’Eucharistie que nous célébrons le « M’oublier entièrement » de Jésus, celui qui l’a conduit à la Croix ? Alors, cette actualisation du don de soi de Jésus Christ sur la Croix conduit tout naturellement vers le don de soi de l’Eglise qui célèbre cette Eucharistie ; don de soi au service du monde, par l’offrande quotidienne, comme une hostie vivante, au milieu du monde. |
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Voilà la triple Réponse que le Dieu vivant nous donne aujourd’hui, à travers la vie et la canonisation de Sainte Léonie. Pour cette Réponse, sachons être reconnaissants, et de tout cœur !. Sachons aussi découvrir dans cette canonisation une invitation à renouveler notre propre réponse à l’appel de Dieu. Car tous, nous sommes appelés à la Sainteté. Le deuxième Concile du Vatican a insisté grandement sur cet appel universel à la sainteté ; tout un chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Eglise a été consacré à cette idée directrice, décisive pour toute vie chrétienne : « Tous les fidèles du Christ, quel que soit leur état ou leur rang, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité. » Jean-Paul II reprend cette affirmation du Concile dans son Exhortation apostolique : « Novo Millenio Ineunte », texte écrit à l’occasion de la clôture de l’Année Sainte et donné comme programme fondamental pour la pastorale des années à venir. Le Saint Père nous y rappelle - comme étant la priorité pastorale - notre vocation commune à la Sainteté : « Et tout d’abord je n’hésite pas à dire que la perspective dans laquelle doit se placer tout le cheminement pastoral est celle de la sainteté. » La sainteté chrétienne se réalise dans notre appartenance à Dieu, le seul vrai Saint, le « trois fois Saint ». Dieu seul est Saint ! et nous, les hommes, nous ne pouvons envisager de parvenir à la sainteté qu’en nous enracinant totalement, entièrement en Dieu. Nous parlons de Dieu quand nous parlons des saints. Car c’est là qu’est donné, le plus en profondeur, ce qui conduit l’Eglise à avoir le courage de déclarer Saint un être humain, celui en qui Dieu a été accueilli en plénitude.
25 Septembre
2001
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Un Saint, c’est un homme si ouvert à Dieu, si réceptif, que Dieu peut vraiment venir en lui : faire Son Avènement, Son Avent. Quand nous vénérons une Sainte, c’est Lui que nous vénérons et que nous louons. Plus exactement, nous louons Son Avènement Glorieux dans cette personne. C’est ce que nous chantons dans la Préface pour la fête des Saints : « Car tu es glorifié dans l’assemblée des saints : lorsque tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons. » Voilà bien ce que Sainte Léonie nous recommande si instamment : Accomplir en tout la Volonté de Dieu. Son témoignage de foi nous provoque et nous invite à chercher aujourd’hui encore la Volonté de Dieu pour vivre en profonde communion avec Lui. Cette appartenance à Dieu nous est offerte au Baptême. C’est lui qui nous incorpore au Christ et nous fait entrer dans la Sainteté de Dieu. « Devenir saints » et « vivre en BaptisVoés » c’est identique. Demandons à Sainte Léonie de nous accompagner par sa prière et son intercession, sur ce chemin de la Volonté de Dieu, afin que nous puissions dire, comme elle : "Seigneur, je suis à vous, faites de moi ce qui vous plaira." Amen.
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